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Appels à une IA européenne souveraine : de quoi parle-t-on ?
information fournie par Boursorama avec Media Services 23/10/2026 à 13:51

La tendance prend de l'ampleur alors que l'Europe cherche à réduire ses dépendances technologiques et que les sorties de modèles d'IA de pointe se succèdent aux Etats-Unis et en Chine. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

( AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV )

( AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV )

Que signifie la "souveraineté" dans l'IA ?

"La souveraineté, c'est être indépendant des juridictions et influences de gouvernements étrangers", explique à l'AFP Dario Maisto, analyste chez Forrester.

Il ne faut pas qu'un gouvernement étranger "ait le pouvoir ultime d'empêcher notre entreprise, notre organisation ou notre gouvernement d'accéder à certaines technologies, certaines données, certaines tâches ou certaines infrastructures", ajoute-t-il.

Un exemple très concret est venu illustrer ces derniers mois le manque de souveraineté de l'Europe en matière d'IA.

En juin, invoquant la sécurité nationale, Washington a brutalement contraint la start-up américaine Anthropic, créatrice du logiciel d'IA Claude, très populaire en Europe, à couper l'accès de tout ressortissant étranger à ses modèles les plus puissants.

L'Union européenne n'a pu accéder de nouveau à cette technologie qu'en septembre, après plusieurs mois de négociations.

Quelles sont les dépendances technologiques de l'Europe ?

Concrètement, l'Europe est dépendante de puissances étrangères dans toute la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle.

La Chine contrôle environ 60 % de l'extraction des terres rares, nécessaires à la fabrication des composants électroniques, et 90 % de leur raffinage, selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie.

Autre point de faiblesse, l'Union européenne produit moins de 10 % des semi-conducteurs au niveau mondial, et aucune des puces les plus avancées destinées à l'intelligence artificielle, appelées GPU. Celles-ci sont conçues et fabriquées par une poignée d'entreprises américaines comme Nvidia ou AMD, et taïwanaises, telle TSMC.

Le vieux continent compte toutefois l'entreprise néerlandaise ASML, leader des machines à graver les puces, un rouage essentiel de l'économie de l'IA.

Côté infrastructure, "l'Europe n'abrite actuellement que 5 % de la capacité de l'ensemble des centres de données dans le monde, alors que les États-Unis en ont approximativement 75 %, et la Chine 15 %", a détaillé à l'AFP Andrea Renda, directeur de recherche au sein du groupe de réflexion CEPS, basé à Bruxelles.

Les géants américains AWS, Microsoft Azure et Google Cloud se partagent par ailleurs environ 70 % du marché du cloud européen.

Quant aux modèles d'IA, même si quelques pépites européennes d'IA existent comme le Français Mistral ou l'Allemand Black Forest, force est de constater que les technologies les plus avancées se concentrent aujourd'hui chez quelques acteurs américains (OpenAI, Anthropic, Meta ou Google DeepMind) et chinois (DeepSeek), en raison des coûts colossaux de développement qu'ils nécessitent, rappelle une note de l'institut Rexecode, réputé libéral.

Souveraineté ou autonomie ?

Pour pallier ces dépendances, Bruxelles a lancé plusieurs programmes d'investissements dans les minerais critiques et les puces notamment.

"Il y a des endroits où on peut faire des choses, mais on ne va pas arriver à se créer une espèce de forteresse, où on se dit qu'on n'utilisera uniquement de la technologie européenne", assène Sylvain Duranton, du cabinet de conseil BCG.

"La souveraineté totale demeure hors de portée, même pour la Chine et les Etats-Unis", abondent les experts de Forrester dans un rapport publié en juillet, qui conseillent plutôt aux pays de renforcer leur autonomie.

La souveraineté consiste ainsi à "avoir des options, ne pas être lié à un seul fournisseur, en particulier étranger, limitant vos possibilités de migrer", en cas de crise, pour Dario Maisto.

Dans cette optique de "résilience", beaucoup d'entreprises en Europe utilisent des plateformes de données qui leur donnent accès à des modèles commerciaux américains, chinois et européens, où elles piochent en fonction de leurs besoins, détaille M. Duranton.

Pour les usages les plus sensibles, beaucoup de sociétés mais aussi des gouvernements préfèrent toutefois installer des modèles sur leurs propres serveurs "pour ne dépendre de personne", poursuit-il.

Il faut donc mieux penser en termes de "degrés de souveraineté" qui diffèrent selon les industries, pour ces deux experts, certaines comme l'industrie militaire nécessitant une plus grande vigilance.

Enfin, il s'agit aussi pour l'Europe d'exporter ses technologies. "C'est en créant des interdépendances qu'on crée de la puissance souveraine", conclut Sylvain Duranton.

2 commentaires

  • 15:57

    Bah, on parle de rien. L'IA étatsunienne ce sont environ des investissements de 1 milliards d'€/jour depuis au minimun 2 ans. La Chine, c'est presque pareil. L'UE investit dans des normes, dans de la bureaucratie, dans l'achat d'armes étatsuniennes pour l'Ukraine.


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